Tandis que certains pourront héberger leurs chevaux dans de belles écuries avec un personnel nombreux et qualifié, d’autres devront faire des pieds et des mains pour organiser la gestion des pâtures, de l’alimentation, du travail et des petits tracas au quotidien…

Enfin, le grand jour est arrivé ! Vous vous êtes offert votre cheval ! Il vous plaît, il est magnifique, vous aimez l’idée de le monter quand vous voulez. Maintenant qu’il est partie intégrante de votre vie, de nombreuses obligations, qui sont aussi des plaisirs, vous incombent. Quels sont-ils et comment vous en sortir ? Alors bien entendu dans un club tout est plus facile, mais qu’en est-il lorsqu’on est seul pour tout affronter ?
La première chose est d’établir un carnet de bord. Il vous permettra de vous y retrouver et de prévoir les différentes données qui sont à prendre en compte.
Son lieu de vie
Vous avez trouvé une pâture ou votre jardin est assez grand pour l’accueillir. Effectuez une inspection circonspecte des lieux et vérifier que des déchets ne jalonnent pas le site. Bouts de verre, métaux rouillés sont fréquents dans des espaces retirés. En fonction de votre installation géographique, votre cheval aura besoin d’un box ou d’un abri ouvert, si ce n’est pas le cas, il est important qu’il demeure dans un lieu relativement bien abrité des vents le cas échéant. Il est coutume d’estimer les besoins d’un cheval a un hectare, encore faut-il prendre en compte qu’il faudrait un hectare de prairie seule à brouter, auquel vous ajoutez sa zone de crottins, une zone de refus, sa zone de roulade, les chemins qui seront toujours les mêmes qu’il empruntera pour se rendre d’un espace à l’autre, ce qui nous amène plutôt à deux hectares qu’à un seul. De plus, il est essentiel que votre herbe puisse se renouveler, aussi est-il est parfois intéressant de scinder son lieu de vie en deux pâtures ou plus, ce qui vous permettra d’établir un système de roulement pour lui assurer sa consommation d’herbe quotidienne. Soit près de soixante kilos d’herbe qui seront consommés au cours des seize heures quotidiennes qu’il consacre à son alimentation. Si du fait des intempéries, l’herbe des pâtures n’est plus en quantité ou en qualité suffisante, il est important de compléter le quotidien de votre cheval d’un apport en foin, voire en granulés, vitamines et compléments en fonction de ses besoins.
Une compagnie
Idéalement, votre cheval aura des compagnons de pâture. Bien qu’il soit communément admis qu’un cheval s’entend bien avec toutes sortes d’animaux, le mieux est d’avoir un autre équidé. L’aspect social de la vie de notre compagnon est une donnée fondamentale de son bien-être. Le toilettage mutuel, la confortation réciproque en cas de danger ou d’obstacle, la communication qui s’établit entre eux… sont essentiels si l’on se réfère aux exemples fournis par les chevaux sauvages ou ferraux. Pourtant, force est de constater que certains secteurs d’activités professionnelles coupent le lien social des chevaux. En prenant comme exemple les chevaux de courses qui sont généralement sevrés très tôt de leur mère et du groupe social, on se rend compte qu’à leur sortie des terrains, les chevaux sont relativement asociables. Il faut alors beaucoup de temps et un compagnon très patient, qui subira les premiers mois les attaques brutales et les maladresses de votre cheval. Aussi, quelques précautions s’imposent. Tout d’abord, déferrez. Les blessures seront moindres sans fer. Ensuite, passez du temps à les observer, et guetter les évolutions. Patience et longueur de temps devraient jouer en votre faveur.
Son alimentation
Soyez vigilant ! Un cheval peut perdre très rapidement beaucoup de poids, alors qu’il est relativement fastidieux de lui en faire reprendre. Préparez les changements de saison. Guetter toute perte de poids. Les causes sont multiples, vérifiez si vous êtes à jour dans vos vermifuges, et n’hésitez pas à vérifier les crottins. Vérifier que son bac à eau est propre, ou que son abreuvoir fonctionne correctement. Vérifier la qualité de l’eau, sa consommation journalière – un cheval boit jusqu’à 10% de son poids en eau par jour, soit entre 20 et 75 litres par jour. L’utilisation de produits pesticides et la pollution des sols est aujourd’hui telle qu’il est important d’être attentif à la couleur, à la limpidité, aux dépôts. En cas de doute, délocalisez votre cheval et faîtes appel à un laboratoire d’analyses, vous éviterez toute forme de colique foudroyante due à l’intoxication par l’eau. En outre, vous porterez également une attention toute particulière au stockage des denrées périssables, à l’humidité. Inspectez vos installations et protégez-les des rongeurs, porteurs de nombre de maladies. Nettoyer fréquemment les auges et pelles de distribution.
L’alimentation d’un cheval ne s’improvise pas, il aura au cours de sa vie besoin de compléments alimentaires de façon ponctuelle que vous devrez lui apporter en fonction de sa dépense énergétique, de son travail, de ses conditions de vie, de son âge et bien d’autres données extérieures comme le climat.
L’une des bases de la nutrition est contenue dans le tableau des équivalences de M. Rosset et R. Wolter. Comprenez les formules qui constituent les Unités Fourragères Cheval, et définissez les besoins d’entretien et ceux de production. Ensuite, la solution de facilité est d’acheter du granulé complet. Reste que en fonction de vos possibilités, le floconné est – il faut l’avouer – souvent un produit de qualité supérieure, qui peut correspondre à nombre des besoins de vos équidés.
Reste que chaque cheval est différent et en définissant concrètement les apports alimentaires qui lui correspondent le mieux à l’instant T, vous pouvez lui préparer un régime spécialement adapté à sa condition et ses besoins. Ainsi, sachez que le maïs concassé présente l’avantage d’offrir une bonne qualité nutritive, et qu’il est préconisé dans le cas de chevaux qui ont besoin de reprendre du poids. Riche en glucides et lipides, il est pauvre en cellulose, protéines et minéraux. Il doit être complémenter par un apport en fourrage pour constituer le lest intestinal, permettant à votre cheval de profiter pleinement de sa ration. Appétent et riche en vitamines, l’orge se consomme impérativement aplatie ou concassée, germée ou trempée. Avec une action émolliente pour le tube digestif, c’est un aliment qui présente une bonne digestibilité. Orge et maïs combinés à des cures de soja, d’une semaine par mois, sont un régime idéal pour des retraités. L’avoine est riche en oméga 6. Elle présente un taux de cellulose élevé, près de 10%, et propose un important taux de phosphore. Aussi, une alimentation à base unique d’avoine serait déséquilibrée, car cet aliment est pauvre en calcium. Ce déséquilibre phospho-calcique peut dériver sur une fatigue des reins, du foie, voire une décalcification. Le fourrage peut combler ce manque. L’avoine se distribue en petite quantité car il peut provoquer une irritation des muqueuses intestinales, et des complications en découlant. Il convient d’éviter le blé qui a tendance à former des pâtons au niveau du tube digestif. Préparez-lui un régime adapté et si vous débutez, soumettez-le à votre vétérinaire, ou un spécialiste de la nutrition équine. L’improvisation en alimentation n’a pas sa place. Certains aliments sont toxiques pour votre cheval s’ils ne sont pas présentés correctement. Ainsi les graines de lin seront cuites avant la consommation. Une fois la base établie, faites-lui plaisir en complétant par quelques pommes, deux ou trois kilogrammes de carottes, pommes de terres ou topinambours – cuites elles améliorent l’appétibilité et la digestibilité des aliments – betteraves fourragères… Un verre d’huile peut être mélangé ponctuellement à sa ration dans le cas de chevaux présentant des problèmes au niveau de l’estomac. Par cure, vous mélangerez à la ration des compléments minéraux vitaminés, ou bien encore du sel, n’oubliez pas que l’ail distribué sous forme déshydraté le protégera des insectes. Il constitue un vermifuge naturel et un antibiotique.
Sa santé
Gardez toujours à disposition une trousse de secours et votre sac de pansage. Lors de chaque visite quotidienne, tout sera inspecté. Si vous possédez un poste électrique, vous vérifierez le bon fonctionnement de l’ensemble, de la pile. La clôture est-elle en état ? Un entretien est-il à prévoir pour améliorer les conditions de vie de votre cheval ? Et lui dans tout ça… Ses yeux, naseaux, oreilles, flancs, croupes, boulets, sabots … ses crottins … le fourreau, les mamelles sont des zones à nettoyer quelques soient les tabous de chacun. On évite ainsi des complications et des blessures. L’état général de votre cheval, est-il joyeux, ou a-t-il la mine basse ? Son poil est t’il brillant ? Les membres sont-ils sains, pas de blessures, ni de chaleur anormale ? Concernant les crins et la queue, qu’elles que soient les règles d’esthétisme, si votre cheval est en pâture, laissez-lui la protection de ses crins contre les insectes. La queue sera coupée au boulet, pour éviter qu’il ne marche dessus, les crins pourront recouvrir son encolure entièrement.
N’utilisez pas toujours le même vermifuge. Comme pour les hommes, un médicament fréquemment utilisé perd de son efficacité, de plus certains produits vermifuges sont plus adaptés à la période du printemps, d’autres à l’automne. Généralement, si vous utilisez toujours le même produit depuis au moins deux années, demandez l’avis de votre vétérinaire pour en sélectionner un nouveau. L’administration d’un nouveau vermifuge se fera en deux fois avec un délai conseillé de deux semaines entre les prises. Les résultats n’en seront que meilleurs.
Si en plus du fourrage, vous apportez une alimentation complémentaire, et qu’à plus fortes raisons vous avez plusieurs chevaux dans la pâture, surveillez-les manger et séparez-les ! Il est conseillé de séparé deux chevaux qui mangent leur ration en liberté d’une distance de 14 mètres. Un cheval pressé par un autre gourmand, aura tendance à avaler sa ration plus rapidement, prenant le risque de vous confronter à un bouchon alimentaire. Dans ce cas, faîtes le marcher, et nettoyez le mucus qui s’évacue par ses naseaux. Si le mucus n’est pas évacué, il peut tomber sur les bronches compliquant la situation. Un cheval qui s’étouffe se reconnaît facilement. A chaque fois qu’il essaie d’avaler, on dirait qu’il va renvoyer son bol alimentaire. Empêchez-le de manger pendant au moins deux heures, si son état ne s’améliore pas passer ce délai, il y a de fortes chances que le vétérinaire se déplace. C’est lui qui définira s’il faut procéder à une intervention. Le repas doit se faire paisiblement. Au sol pour respecter sa voie naturelle. Respectez également l’une des règles d’or des soins aux chevaux résidant dans l’ordre de distribution suivant : Eau, fourrage, ration alimentaire.
Grâce à votre carnet de bord, établissez les consultations annuelles et les check-up de votre cheval. Dentiste équin, osthéopathe, orthopédiste, nombreux sont les spécialistes à votre service, qui sauront vous guider dans la gestion des soins de votre compagnon.
La maréchalerie
Observez votre maréchal, adoptez ses positions de travail et s’il accepte, demandez-lui de vous former pour apprendre au moins à déferrer en cas de besoin. Pour cela, il vous faudra impérativement vous outiller d’une base de matériel constituée d’un rogne-pieds, d’une tricoise, d’un martelet, voire d’une lime au mieux. Un matériel de qualité est un investissement qui fait gagner un temps important. L’apprentissage des positions que vous prendrez pour intervenir est décisif également, et les astuces de la profession sont nombreuses pour éviter que vous ne portiez votre cheval, ou que vous ne vous fassiez faire mal au dos. Comme vous n’êtes pas un professionnel, vous risquez au début de mettre beaucoup plus de temps. En aucun cas, il ne faudra vous énerver. Votre job c’est de faire au mieux pour votre cheval en attendant le professionnel. Donc, il vaut mieux faire une pause et travailler dans le calme, que de s’énerver autour de votre cheval qui est le premier lésé, son comportement pourrait en pâtir.
La bourrellerie
Il est possible de s’initier à la bourrellerie auprès de professionnels du travail du cuir et autres selliers. La découverte se fait en une journée, et le coup de main s’acquière avec le temps en reposant sur des techniques acquises. En randonnée, d’être équipé d’une aiguille pour le cuir, et d’une bobine de fil – de préférence ciré – , vous permettront de faire des miracles sur une rêne cassée ou un portant de mors, le temps nécessaire.
Votre matériel
Vous avez la lourde responsabilité de tout gérer. Un matériel entretenu fait la différence au quotidien. Passez vos cuirs au savon glycériné pour les nettoyer des poussières accumulés à chaque utilisation. Graisser avec minutie vous évitera du matériel qui casse, vous mettant dans une situation difficile. Rincer (=sécher ») vos cuirs, en enduisez d’huile de boeuf pour entretenir la souplesse de l’ensemble. Ne laissez pas vos cuirs soumis à l’humidité et aux moisissures. Pensez à nettoyer son mors après chaque utilisation pour éviter toute blessure au niveau de la bouche. Chaque mois, pensez à nettoyer entièrement votre sac de pansage. Brosses à la javel, tri des médicaments, vérification des dates-limite d’utilisation. N’omettez rien.
Son travail
La logistique quotidienne est assurée, il s’agit maintenant de vous et votre cheval. Quel programme pour aujourd’hui ? Promenade à pied avec votre cheval, longe, travail en liberté, travail monté, dressage, saut, cross, détente en extérieure, trotting, randonnée … Variez les plaisirs, votre cheval n’en appréciera que davantage le temps passé avec vous, et la qualité de votre relation s’en ressentira. Veiller à ne pas l’enfermer dans un travail et une relation de routine. Abandonner son cheval pendant quinze jours au pré, et arriver pour lui monter sur le dos deux heures sans autre préliminaire aura pour conséquence de dégrader votre relation. Nombreux sont les chevaux qui prennent du vice dans le cadre de ces relations, et dont les propriétaires baissent peu à peu les bras, finissant par avoir peur de leur cheval ou en se faisant peur avec lui. On ne le répétera jamais assez, soyez présent et actif dans la vie de votre cheval. Soyez également sa référence au quotidien.


Votre programme est établi, vous commencez par l’indispensable détente qui pourra s’effectuer de préférence à pied, toujours pour favoriser votre lien avec lui. Pensez à renforcer le dos de votre cheval par quelques séances de travail en longe le bout du nez à terre, pour lui permettre de se détendre les vertèbres. Si votre cheval sort des courses, ou est habitué aux carrières et manèges, sensibiliser son attention sur les variations du sol en extérieur. Apprenez-lui à regarder où il marche et à gérer les obstacles du terrain. Quelques barres au sol le sensibiliseront et vous aurez à cœur de varier vos parcours à pied avec lui, en lui présentant des obstacles à franchir derrière vous, en gardant une distance ou un axe de sécurité.
Ses loisirs

Jouez-vous avec votre cheval ? Votre relation est-elle bâtie sur la contrainte, ou votre cheval recherche t’il votre compagnie ? S’il vient vous voir lorsque vous arrivez, vous avez une première réponse. Si au contraire, c’est la croix et la bannière pour l’attraper, ou pire, qu’il vous charge. Assurez-vous de son passé ou remettez votre approche en question. Certains spécialistes du comportement équin ont produit un solide travail de référence, votre observation est un atout précieux dans toute démarche d’appréciation. Soyez curieux du comportement de votre cheval, de ses expressions corporelles et vocales quand vous êtes avec lui. Votre cheval est un animal empathique, très sensible à son entourage. Ses sens lui permettent de lire en vous, vos peurs, colères, joies et excitations… Soyez donc disposé à passer du temps avec lui en oubliant le reste, en étant à son écoute, il sera à la vôtre.
En garantissant son bien-être physique et mental, vous vous assurerez une relation de qualité, et un échange qui durera dans le temps. Entretenir un cheval ne s’improvise pas. Informez-vous, lisez, consultez des professionnels, suivez des formations, toute expérience est un enrichissement. Soyez curieux, observateur, attentif, vigilant. Soyez présent !
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